C'est cette mémoire d'une famille et de tout un peuple presqu'entièrement massacrés que Charles Goldstein peint depuis son retour d'Algérie, sa seconde terrible épreuve qui a agi sur lui comme une catharsis. « Il a fallu 20 ans pour que je troque mon statut de victime en celui de bourreau », confie-t-il sans concession pour résumer « son » Algérie.
Devenu depuis presque inconsciemment peintre de la Shoah, il a été désigné, nul ne sait par qui, sinon son inconscient, pour raconter la grande et totale Disparition. Comme un médium hugolien, dans une forme de transe picturale, il raconte l'extermination à grands coups d’aplats de couleurs sombres, marquées par les fumées des fours, les suies des fournaises et les amas de cendres qu'il figure par des croutes épaisses de peinture appliquées au couteau. Parfois, un visage de rabbin ou une étoile jaune émergent, seules concessions au figuratif. Et les toiles, souvent grands formats, s'accumulent, s'amoncellent dans l'immense atelier de la maison-musée de Maincy. On en compte plus de cinq-cents.
Une œuvre grave, profonde où le grand Rothko (Markuss Rotkovics, lui aussi hanté par le témoignage) se fait sentir comme s'y fait sentir un peu, de loin, Pierre Soulages. Mais si le géant aveyronnais est hanté par l'outre-noir, Charles Goldstein, lui, raconte l'outre-tombe.